1929-1934 Le "Crocodile", Richard DE SMET sj, a été missionnaire en Inde pendant un demi-siècle. Les cinq ans qu'il a passés à la Troupe Roi Albert, et sa profonde amitié pour l'Okapi bourrasque, vp Albert DETON, son "alter ego", l'ont marqué jusqu'à la fin de ses jours. Lors de ses séjours en Belgique à la fin de sa vie, il partageait volontiers ses souvenirs et a bien voulu rédiger les lignes ci-dessous, témoins d'une mémoire remarquable dont il a eu plaisir à nous offrir le fruit, pour que vive le feu auquel les Scouts ont mis la flamme... Le cheval de B.P.
Lorsque lUnité Roi Albert (Chef : Pierre VAN GEERSDAELE) maccueillit en 1929,
elle ne comptait quune troupe de quatre patrouilles (Loups, Renards, Lynx, Cigognes)
et un petit nombre de Routiers. Ce nest quen 1931 que ceux-ci formèrent le
Clan de la Pioche (Premier chef : Joseph FONTAINE), ainsi appelé en souvenir de leur déblaiement des souterrains de labbaye dOrval.
Jentrai chez les Cigognes, dont le C.P. était lextrêmement gentil José
CASTAGNE, et le second Jules RENCHON, futur aumônier des bateliers. Je serais ensuite
muté à la nouvelle patrouille des Écureuils, avec José comme C.P. auquel
succéderaient Franz NOKERMAN (Mésange souriante)(Note du Gardien des Légendes : il y a ici confusion entre Ecureuil ingénieux, vp Franz NOKERMAN, et Mésange souriante, vp Jean HENRARD : voir le deuxième post-criptum en fin de texte) puis André MASSINGER (Rossignol
poète), Charles STRANARD et André STRIMELLE. (Voir N.B. en fin de texteLa troupe était encore toute rayonnante de
la participation de Robert BORN, Jules LÉONARD et Robert BRACQ au Jamboree international
de Birkenhead et de leur souvenir de Baden-Powell mais surtout de son cheval qui avait mis
son pied dans leur marmite à soupe. Ils avaient rapporté de là pour leur patrouille des
Lynx des écharpes que leurs scouts chérissaient. Les mêmes plus Jean QUÉRIAT avaient
aussi participé au pèlerinage à Rome de lACJB (Action Catholique de la Jeunesse
Belge) et avaient eu des contacts avec des scouts italiens (clandestins sous Mussolini),
en particulier avec Mimo MADDALENA au profil daigle (doù son totem «Rostro
dAquila») quils avaient invité à leur prochain camp (à Agimont) et qui
resterait lié à la Troupe. On parlait aussi beaucoup du camp fait à Pâques 29 à
Chiny, du Jamboree national de Pentecôte à Anvers,
quavait précédé un petit camp chez le commissaire national Valentin BRIFFAUT. En été, la Troupe avait fait à Agimont un camp qui
leur restait aussi fort mémorable. Premières joies scoutes Bientôt, ce fut le plaisir des jeux dirigés avec brio par les assistants Jean QUÉRIAT, Maurice PETIT, et surtout le spitant Raymond VAN BREUSEGHEM sous loeil souriant du père Charles HENROZ, lémerveillement du feu de camp de Noël, la construction (qui allait se prolonger au cours de plusieurs années) de quatre coins de patrouille et du coin des Sachems dans le grenier du Collège, lentrée à la Troupe de mes compagnons de classe Albert DETON, André MASSINGER, puis de Jean HENRARD et André STRIMELLE, et enfin mon premier camp à Acoz chez le baron Octave PIRMEZ. Jy eus ma première expérience des grands jeux, du woodcraft, et des feux du soir où se révélaient les gardiens des légendes et où la voix chaude de Jean QUÉRIAT chantant «Jaime le son du cor» ou «Belle nuit» nous ravissait. Dès lallumage du feu commençait une sorte de liturgie qui nous faisait passer du comique à lamusant, puis au grave et finalement au religieux avec le «Cantique des Patrouilles» et la bénédiction finale par laumônier. Sy ajouta une fois après une heure de sommeil un jeu de nuit qui nous réveilla en sursaut mais qui se termina par une surprise finale, du cacao chaud préparé par les sachems sur les braises dune meule de foin quils avaient allumée pour nous faire croire à un incendie du château quil nous faudrait aider à éteindre.Le camp dété de 1930 fut à Profondeville chez le frère de notre aumônier. Ce dernier fut souvent lobjet amusé dun chant composé par R. VAN BREUSEGHEM sur lair très populaire alors d«Avoir un bon copain». Son compagnon daumônerie, le père PALMERS qui sextasiait constamment, fut totémisé «Ramier superbe». Le bébé de Lindbergh
Mais cest surtout le camp de Pâques 1931 à BOUSSU-en-FAGNE qui fut mémorable non
seulement par sa neige, mais surtout par un tour que nous joua Robert BORN, le Renne
nomade, devenu notre Chef de Troupe. > Des sachems dévoués
Ce tour fut trouvé si bon par le Serpent à Coulisses (Robert BRACQ) quil le
répéta à un des premiers camps de la Sixième quil venait de fonder à Jumet avec
des fils de mineurs. Il y avait déjà plusieurs troupes paroissiales (à la Ville Haute,
la Broucheterre, Monceau, Marcinelle), mais elle fut la première troupe vraiment
ouvrière. Elle inspira la fondation de plusieurs troupes semblables, même dans
dautres provinces, spécialement sous linfluence du père
René DEBAUCHE que linitiative du Serpent avait définitivement conquis. On sait
par ailleurs la prolifération multiforme de la Sixième sous limpulsion continue de
celui qui devint magistrat, puis le Baron BRACQ et de son épouse et bras droit,
Moustique. (Note du Webmaster : Serpent fut aussi Commissaire Fédéral à la FSC) Journaliste et cuistot
Cest sans doute en 31 que parut le premier numéro du «Trait dUnion»,
la revue plus ou moins bimensuelle que les grands produisaient à lencre violette
sur un bac de pâte à polycopier et à laquelle nous étions tous invités à collaborer
par des articles, des rapports de camp, des poèmes, des dessins, des recettes de
bricolage ou des devinettes et autres choses amusantes. (Note du Webmaster : plus tard il y eut "La Flamme" puis "En Avant, Première !")Mon premier article y fut sur la
Lesse, la rivière de mon enfance à Redu dont je gardais la nostalgie. C.P. f.f.
Jamblinne fut suivi à Pâques 1933 de Féroul puis à la Pentecôte dun rallye
provincial entre Gozée et Mont-sur-Marchienne (Ndlr : voir photo ci-dessous avec, à
gauche, André MASSINGER, et au centre, de profil, Richard DE SMET. La photo est de Jules
LÉONARD). Nous ny gagnâmes pas la compétition la plus difficile : à partir
dune seule bûche bien dure, réussir les premiers à allumer un feu qui brûlerait
une corde à quelque 60cm de hauteur. En été nous campâmes à Assenois. Je remplaçai
notre C.P. empéché dy venir et cette responsabilité épanouissait mon
adolescence. Jinventai le cri : «WakAssenois-Wiki-Waki-Wou (rapide) O Waki
Wou (lent)» Naissance des Chevreuils En septembre 1933, on me confia une nouvelle patrouille, les Chevreuils, après que je naie pu obtenir des autorités du Collège de pouvoir y fonder une meute de Louveteaux. Jean HENRARD, avec comme aumônier le R.P. Joseph MASSON s.j. serait plus heureux deux ans plus tard. La patrouille des Chevreuils répondait aux besoins de garçons qui, comme Louis et Jean MARLIER, habitaient trop loin pour pouvoir prendre part aux réunions normales. Nous nous réunissions donc à des jours différents, mais aux vacances nous campions avec la Troupe. La première fois, ce fut à Arville Du Pape aux oies... Mais dabord, à Pâques 1934, il y eut un grand pèlerinage scout à Rome (via le lac des Quatre Cantons, Kandersteg, Milan, Assise) où plus de 600 scouts belges furent reçus par le pape Pie XI. Les quatre C.P. rhétoriciens (André MASSINGER le Rossignol, Albert DETON lOkapi, René GERMEAU la Mouette, et Richard DE SMET le Crocodile) y prirent part. Ils en revinrent avec des chéchias de balillas fascistes (mais après avoir fraternisé avec des scouts italiens de la clandestinité) coiffés desquels ils firent une arrivée tardive mais remarquée au camp dArville. Leur professeur, le père René DEBAUCHE le Canard, y vint deux jours plus tard. Les patrouilles y déployèrent une imagination renouvelée pour préparer des numéros de feu de camp inattendus et de haute qualité. Il leur fallut aussi trouver comment on tue une oie le jour où le Renne nous surprit au rassemblement du matin en distribuant à chaque C.P. un sac contenant une oie vivante pour notre dîner. Avec lintendant Jean QUÉRIAT il regarda ensuite de son air narquois les scènes tragi-comiques qui sensuivirent. Le Bison sans bosse (Jules LÉONARD) les immortalisait en photos excellentes. Le temps fut splendide. Lambiance était formidable. Les Chevreuils (par désir de les encourager?) furent déclarés gagnants. Pendant ce camp nous nous étions tous mis par fantaisie à parler petit nègre, et il nous fallut quelques temps pour retrouver lusage dun français normal à notre rentrée au Collège. En juillet, Mirwart fut notre camp sommet. Nous avions planté nos tentes dans la vallée encaissée de la Lomme dominée de très haut par le village. Au moment du ravitaillement, les grosses mouches à viande avides de déposer leurs oeufs sur des chairs fraîches nous forçaient à frire immédiatement nos rations de viande. Les sangliers nous visitaient la nuit. Mais la rivière nous invitait à des baignades joyeuses, les feux de camp se déroulaient sous un ciel de velours noir criblé détoiles que nous quittions silencieux, hantés par le beau chant à la «Vierge de Lumière» et le dernier vers du Cantique des Patrouilles : «Bénis-les, ô Jésus dans les Cieux!». Adieu, Redu... Après avoir replié nos tentes et supprimé toute trace de notre séjour, chaque patrouille quitta Mirwart pour un hike dans une direction différente. Je menai les Chevreuils vers Redu. Après avoir dormi à la Barrière de Transinne, je promis de leur faire voir ma maison ancestrale de Redu où nous navions pu arriver la veille. Bientôt, nous eûmes léglise en vue puis nous tournâmes à sa droite vers le tilleul centenaire mais alors, stupeur, je ne pus leur montrer que des ruines fumantes : la maison Compère, quatre fois centenaire, avait brûlé la nuit-même avec toutes ses pièces den bas et ses chambres, son toit décailles dardoise, son fournil, ses écuries, son bûcher et sa grange. Mais pour moi, cette perte était symbolique : javais déjà opté pour la vie de jésuite et le renoncement quelle exigerait. Futurs Jésuites... Les autres C.P. avaient fait de même mais avant dentrer au Noviciat de la Compagnie de Jésus à Arlon (*), nous avions décidé de visiter à vélo avec le Bison les plus belles cathédrales de France, les châteaux de la Loire, et Paris. Mais le temps était court. Nous prîmes le train jusquà
Amiens, puis le vélo jusquà Beauvais, Chartres, et Tours. Nous dormions dans les
granges ou à la belle étoile. Les pommiers qui bordaient alors beaucoup de routes de
France nous rafraîchissaient de leurs fruits juteux. Je fis une chute plutôt grave mais
qui ne nous retarda pas. A Tours, un car touristique nous mena de château admirable à
château plus admirable encore. Puis ce fut Paris, gagné par train; nous logions à
Asnières chez des parents du père DEBAUCHE et nous parcourions Paris par métro ou à
pied. Richard DE SMET, s.j. (*) Des quatre, seul Crocodile est devenu jésuite :
Ecureuil ingénieux |