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Les dix vertus de l'autorité
Extrait d’un article publié dans le journal «DIMANCHE», n°8, 27-2-2005, p2, reproduit avec l’autorisation de sa rédaction.
Michel DUPUIS, philosophe, est doyen de l’Institut Supérieur de Philosophie à Louvain-la-Neuve, responsable de l’Unité d’Ethique Biomédicale de l’UCL, membre du comité consultatif de bioéthique de Belgique, mais aussi - et il insiste sur cela - père de trois enfants (22, 20, et 14 ans). Constatant la perte de repères dont souffre notre société, il s’est interrogé sur l’autorité, à bien dissocier de l’autoritarisme. L’article transcrit ci-dessous a été rédigé par Jérémie BRASSEUR. Il nous semble s'inscrire parfaitement dans la vision scoute de l'autorité.
Michel Dupuis conçoit l’autorité comme un don de l'Esprit Saint à la manière d'un sacrement : "Lorsque l'on reçoit un sacrement, en Église comme dans la vie, c'est toujours au péril de ce qu'on en fera. Les risques de dérives existent toujours." Avec le professeur de philosophie, passons en revue dix vertus de l'autorité vraie.
1. L'autorité est naturelle
L'autorité n'est pas une invention de l'homme, constate le professeur Dupuis. On la retrouve lorsqu'on observe les animaux. Chez les loups par exemple, où l'autorité est assumée par le chef de meute. Et cela est nécessaire pour gérer leur vie communautaire. L'autorité est le remède à l'anarchie.
2. L'autorité est nécessaire
On cite souvent l'exemple de l'hirondelle. C'est un grand classique du paradigme contrainte-liberté. L'hirondelle a besoin de l'air pour prendre son envoi. Et pourtant l'air est un frein pour elle. Les contraintes sont ainsi nécessaires pour nous faire avancer.
3. L'autorité est une substance instable
On pourrait comparer l'autorité à un produit chimique instable, qui risque à tout moment de s'altérer. On glisse facilement de l'autorité à l'autoritarisme. Ou, au contraire, vers le manque d'autorité (c'est-à-dire un manque de repère). Dans un cas comme dans l'autre, la relation devient malade.
4. L'autorité est fondatrice
Le premier lieu d'autorité, il me semble, c'est le milieu culturel.
Prenons comme exemple la langue maternelle à laquelle l'enfant est confronté. Le langage compte un certain nombre de règles auxquelles on doit se plier pour apprendre à communiquer. Il y a ensuite l'autorité paternelle (le non/nom du père) qui est fondatrice de tout autorité ultérieure.
5. L'autorité est transcendante
Telle que je la conçois, l'autorité n'est pas quelque chose que je possède, mais quelque chose que je reçois humblement. Un don. C'est primordial de se sentir le dépositaire provisoire d'une autorité qui 'nous dépasse, car c'est un garde-fou contre la dérive autoritaire. Quand nous récitons le Notre Père, nous invoquons aussi l’Autre-Père, de qui nous tenons toute paternité, toute autorité.
6. L'autorité est «personnalisante»
L'autorité, mal conçue, vise à rendre conforme. Il s'agit de rentrer dans le rang, d'être soumis à des règles, d'être standardisé. Or, la véritable autorité, ce n'est pas cela. Au contraire. Comme le souffle de l'Esprit Saint à la Pentecôte, l'autorité invite chacun à être ce qu'il est appelé à être, en sorte que chacun s'épanouisse dans sa propre langue maternelle. L'autorité contredit la mise en ordre mais aussi le désordre des caprices.
7. L'autorité est socialisante
Mais si l'autorité personnalise, elle ne rend pas individualiste. Les hommes sont créés les uns pour les autres et peuvent devenir dialogue et partage. Et voilà la confrontation entre les désirs et le principe de réalité (qui je suis, mes capacités, les règles de la société, etc.). L’autorité fixe le dit et l'inter-dit ce qui est licite et ce qui ne l'est pas.
8. L'autorité est bienveillante
Le meilleur critère, en fin de compte, pour distinguer la véritable autorité et ses dérives, c'est la 'bienveillance' avec laquelle elle aide à l'épanouissement. L'étymologie de 'autorité' veut dire: faire croître. On est loin des visions où l'autorité renvoie à la peur du gendarme. L'autorité est ici synonyme d'amour-tendresse. L'être humain naît démuni et complètement dépendant de ses parents. C'est l'autorité, comme amour de tendresse et de confiance, qui va lui permettre de grandir.
9. L'autorité est humanisante
Aujourd'hui, avec l'évolution de la société (la sécularisation et le développement des technosciences), les parents ne peuvent plus se référer à un code de conduite hérité de leurs propres parents. Devant chaque situation nouvelle, ils doivent se questionner sur le bien et le mal. Non pas pour jouer aux 'philosophes' mais pour être profondément humains. C'est à partir de cette réflexion que les parents doivent poser des repères et les assumer.
10. L'autorité est partagée
Aujourd'hui, nous devons oser penser ensemble l'autorité. En société démocratique. Aussi en famille, avec les enfants. Car le christianisme nous enseigne que l'on peut être sage à tout âge. En témoigne la petite escapade de Jésus au Temple. Il n'était pas du tout perdu, contrairement à ce que pensaient ses parents. Les parents doivent être à l'écoute de cette vérité qui sort de la bouche des enfants', car leurs questionnements peuvent aussi faire autorité : eux aussi nous humanisent.»
Jérémie BRASSEUR
Remerciements aux
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